Parole d'une personne aphasique

Les Mots comme les Pensées, il ne faut pas les effaroucher.

Ils s’approchent parfois avec Timidité, craintivement dans cette Demande implicite d’Amour de vouloir se laisser s’apprivoiser.

Les Mots ont besoin d’être rassurés, câlinés, protégés par une Intention bienveillante.

Parler tendrement aux Mots, le Paradoxe !

La Parole ne peut prendre Forme que si les Mots ont pu se réunir et prendre Sens dans une Pensée cohérente et structurée dans une Phrase articulée dans un Contexte.

Une Communauté de Mots… !

L’Aphasie vient bousculer tout cet Ordre et s’en suit une Agitation qui fait s’éparpiller les Mots comme Mille Fourmis neuronales après un Coup de Pied dans la Fourmilière du Crâne !

Chaque Emotion trop vive vient surcharger le Cerveau et la Personne aphasique devient alors complètement affolée, paniquée, voir terrorisée par ce qui lui arrive car rien ne peut la soulager dans l’Instant.

Il n’y a que le Calme, le Silence et le Temps qui peuvent rassurer à nouveau la Personne. Et la Solitude lui permet d’entendre à nouveau que sa Vie a un Sens et une Cohérence. Son Univers redevient contenant à sa juste Mesure au fur et à mesure que les Ondes du Choc s’éloignent.

Si d’Aventure trop d’Images, de Sollicitations, d’Emotions viennent s’accumuler autour de la Personne aphasique, la Saturation se traduira par des Moments de Colère, de Tristesse, des Douleurs insupportables dans la Tête, une Révolte sans Nom car ingérables dans l’Instant. La Perte de Contrôle provoque alors une Perte de la Mémoire immédiate et de la Connexion des Repères avec l’Environnement qui permettent à la Personne de se sentir en Sécurité.

Ne rien toucher trop brutalement sous Peine de soulever une Poussière telle que la Personne aphasique se réfugie alors dans un Mutisme total pour se protéger, les Yeux remplis d’un Effroi qui ressemble à cette Peur face à la Mort si on n’y est pas préparé. La Mort des Mots…

La grande Souffrance de la Personne aphasique est que tout cela se passe sous son Crâne et qu’elle a peu de Moyen de contrôler quoi que se soit.

Elle est à la Merci d’elle-même dans son propre Corps, de l’Intérieur. Il faut beaucoup de Temps pour accepter cet Etat de Fait.

 Des Années…

La Personne aphasique qui ne peut plus s’exprimer est confrontée à cette Mort des Mots dans sa propre Bouche. La Conscience reste intacte mais les Mots, eux, se sont échappés, comme des Moutons qui auraient sauté dans le Précipice.

Il faut toute la Volonté d’un Berger pour partir à la Recherche de ses Brebis égarées et cela, la Personne aphasique en est souvent habitée. Si elle ne se laisse pas submergée par le Découragement, le Désarroi, le Doute alors, Un à Un, les Mots reviennent, parfois à l’Improviste, quand on ne les attend plus, au détour d’une Phrase !

Parfois, ils ne reviennent jamais. Ils butent contre une Falaise qui est celle du Trou sans Fond que sont la Lésion et ses Dégâts dans le Crâne de la Personne. Il faudra alors se résoudre à faire avec, à s’adapter, à trouver des Subterfuges pour tromper l’Ennemi qui est la Perte des Mots.

L’Humour aide, il est souvent noir mais il est là, moqueur ou rigolo dans les Cas les plus légers.

Cru, cruel parfois, plus adouci au Fil du Temps de l’Acceptation.

Acceptation n’est pas Soumission ni Résignation mais Obéissance à un Destin qui s’est révélé au grand Jour et qui a toute sa Raison d’être quand on peut voir plus haut.

Mais il faut monter très haut comme l’Aigle.

Très très haut pour distinguer cette Volonté supérieure à accepter de traverser une telle Epreuve !

Deux Volontés doivent se retrouver en Chemin, celle de surmonter l’Epreuve et celle de l’accepter, celle de dire Oui !

Il faut chercher extrêmement loin en Soi pour trouver cette Force de dire Oui quand on n’a plus les Mots pour se défendre, se rebeller, s’échapper ou nier.

Oui à l’Absurde, à l’Insupportable, à l’Injuste, à l’Impossible, à la Limite…

Oui à cette Liberté qu’offre cette nouvelle Vision de qui nous sommes même handicapés, même diminués.

Apparaît alors La Chance d’être Humain … Véritablement Humain… De voir et de considérer pleinement son Humanité propre…

Alors l’Amour prend toute sa Place, voir même toute la Place !

 

Camille Legeay-Michel

Ce 12 février 2014

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